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Loto-Québec franchit les 3 milliards de dollars, mais la pression pour ouvrir le marché s’intensifie

Pour son exercice 2025-2026, Loto-Québec a déclaré 3,089 milliards de dollars de revenus totaux, une première dans l’histoire de la société d’État. L’annonce tombe à un moment particulièrement sensible : à quelques mois d’une élection provinciale, le débat sur l’avenir du monopole québécois du jeu en ligne n’a jamais été aussi vif.

Un exercice financier hors norme

Le bilan annuel publié début juin montre un résultat net de 1,525 milliard de dollars, soit une quatrième année consécutive au-dessus du seuil de 1,5 milliard, entièrement réinvesti dans la province. Les casinos et salles de jeu restent la principale source de revenus avec 1,301 milliard de dollars, devant les loteries (995,6 millions) et les établissements de jeu comme les appareils de loterie vidéo et le bingo (814,5 millions). Loto-Québec a aussi versé un montant record de 1,914 milliard de dollars en lots aux joueurs de loterie cette année, et a ouvert une nouvelle salle de jeu à Saguenay en décembre.

Une coalition d’opérateurs qui veut sa part du marché

Ces bons résultats n’empêchent pas la pression de monter. La Coalition pour le jeu en ligne au Québec (QOGC), qui regroupe des opérateurs privés comme DraftKings, Flutter (propriétaire de FanDuel), Betway et Bet99, réclame depuis plusieurs mois la création d’un régulateur indépendant et l’ouverture du marché à plusieurs opérateurs, sur le modèle ontarien. Le PDG de Loto-Québec, Jean-François Bergeron, a reconnu que la demande pour un marché ouvert progresse, tout en insistant sur la nécessité d’un encadrement renforcé.

La société d’État, elle, ne compte pas céder facilement son statut de seul opérateur légal dans la province. Son porte-parole a qualifié la coalition de regroupement d’entreprises étrangères qui ne créent pas de valeur au Québec, en s’appuyant sur un sondage Léger selon lequel 81 % des joueurs en ligne québécois choisissent déjà lotoquebec.com.

La coalition répond avec d’autres chiffres : selon une estimation de la firme tRM Public Affairs, 73 % de l’activité de jeu en ligne au Québec passerait par des plateformes non réglementées, ce qui représenterait environ 2,3 milliards de dollars de revenus échappant chaque année à tout encadrement provincial.

L’élection d’octobre comme arbitre

C’est sur le terrain politique que cette bataille pourrait se régler. Le Québec doit voter en octobre, et la porte-parole de la QOGC, Ariane Gauthier, affirme que plusieurs partis d’opposition se montrent ouverts à l’idée d’un marché concurrentiel. Le gouvernement actuel de la Coalition avenir Québec reste pour l’instant réticent, en partie à cause des inquiétudes soulevées par l’ampleur de la publicité de jeu observée en Ontario depuis l’ouverture de son marché en 2022. Le résultat du scrutin pourrait donc déterminer si le Québec rejoint l’Ontario et l’Alberta dans un modèle à opérateurs multiples, ou si le monopole de Loto-Québec se maintient pour les années à venir.

Ce qui ne change pas pour l’instant

En attendant un éventuel changement de réglementation, le cadre légal québécois reste le même : Loto-Québec demeure la seule plateforme autorisée à offrir du jeu en ligne dans la province. Les sites non réglementés qui ciblent les joueurs québécois opèrent en dehors de ce cadre et n’offrent généralement pas les mêmes outils de protection, comme la possibilité de s’auto-exclure des casinos en ligne pour une période donnée. Quel que soit l’avenir du marché, ce repère reste valable aujourd’hui.

La suite se jouera autant dans les urnes que dans les chiffres : entre un monopole rentable et un marché concurrentiel qui attire de plus en plus d’appuis politiques, le Québec approche d’un tournant que ses voisins canadiens ont déjà pris.

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